25 mars 2026
Actualités générales, Énergie, Économie & compétitivité, Transition énergétique

Impact de la guerre au Moyen-Orient

[Point de situation au 19 mars 2026] Au sortir d’une année 2025 difficile pour la Chimie européenne, le conflit au Moyen-Orient risque de la fragiliser davantage. France Chimie échange avec les pouvoirs publics pour les alerter sur cette situation préoccupante et demander à activer de manière urgente des mesures de compétitivité.

L’impact du conflit au Moyen-Orient est d’ores et déjà observé sur les coûts de production, au travers des hausses de prix des matières premières, de l’énergie et du transport. Depuis le début du conflit, l'Europe a déjà dépensé 6 milliards d'euros supplémentaires au 16 mars 2026 en importations de combustibles fossiles. Une interruption prolongée de l'approvisionnement en pétrole et en gaz en provenance de la région du Golfe pourrait avoir un impact significatif sur notre secteur, notamment sur les engrais.

Matières premières

La Chimie est particulièrement sensible aux hausses de prix du gaz (plus de x2 depuis le début du conflit avec un TTF à 67€/MWh le 18 mars 2026) et du pétrole (+61% pour un baril de Brent à 114$ le 18 mars 2026).

  • Le gaz peut représenter jusqu’à 80 % du coût variable pour les activités gazo-intensives (ammoniac, nylon, méthionine, isopropanol, …). Les producteurs d’ammoniac ont déjà passé ces hausses dans leurs prix, au détriment de la compétitivité de leur filière en aval.
  • La hausse des prix du pétrole se traduit déjà par des hausses de prix du naphta (+44% au 16/03 vs le 26/02) et de l’éthylène (+38% aux Etats-Unis, 58% en Asie au 11/03 vs 26/02) – les principaux intrants des vapocraqueurs, à l’amont de tous les polymères.
  • Des difficultés d’approvisionnement de certaines matières premières d’origine asiatique pourraient émerger du fait des cas de déclarations de « forces majeures ». On en dénombre sur 131 sites chimiques au total dont 107 en Asie au 17/03.
  • En Asie (Chine, Singapour, Corée, Taiwan, Thaïlande, Japon...), les activités concernées sont sur la chimie amont perturbées par les difficultés d’approvisionnement en naphta, ce qui touche directement la production d’oléfines et de polymères. Les 3 plus grosses raffineries en Chine peuvent encore tourner jusqu’au 12-20 avril après elles vont manquer de brut. Une fois arrêtées, elles tiennent sur les stocks de produits chimiques jusque fin mai.

Des effets en cascade pourraient émerger. Les risques de pénurie pour la Chimie européenne sont identifiés à date ou anticipés sur quelques produits :

  • Hélium : pas de production en Europe, 1/3 de la production mondiale se situe au Qatar et le site a été attaqué dans la nuit du 18/03. Les autres producteurs sont américains ou russes. Des discussions sont en cours au niveau mondial pour réserver les volumes d’hélium aux activités stratégiques.
  • Souffre : les prix augmentent mais pour l’instant, pas d’inquiétudes sur les volumes de production. Des ruptures dans l’UE pourraient arriver sur la partie souffre solide car la production du Kazakhstan exportée vers l’UE est redirigée vers l’Asie. Pour les autres formes de soufre, pas de risque car la production est intégrée avec les raffineries d’où l’importance d’avoir des chaines de valeur intégrées.
  • Brome : à surveiller car production importante en Israël et en Jordanie. 3 principaux producteurs, en Israël, US et US/Jordanie, possèdent 79 % des capacités mondiales de production.
  • Méthanol : à surveiller également car capacités mondiales sur place : 12% en Iran, 18% Arabie, Qatar, Bahrain.

Quelques sites en Europe (entre 3 et 5 produits ou 4 groupes avec multisites) ont également déclaré des forces majeures, invoquant des raisons de coûts et de perturbations d’approvisionnements. Les produits concernés sont des polymères (PE, PVC, PET).

Pas de rupture de production en France à date (19 mars).

Energie

La Chimie va subir une hausse des coûts de l’énergie, du fait de sa dépendance au gaz comme énergie (vapeur) et des effets indirects sur le prix de l’électricité (+16 % sur le CAL27 de 50 à 58€/MWh).

Transport

(Au 18 mars 2026) : les prix du transport maritime ont déjà été multipliés par 2 ou 3 selon le type de conteneurs et la compagnie. Par exemple, une hausse significative des taux de fret au départ de la Chine : +28 % vers Salalah, +17 % vers Colombo et +9 % vers le Royaume‑Uni.

Les délais de transport sont allongés et l’offre fret réduite (maritime, aérien).  L’escalade du conflit au Moyen-Orient perturbe fortement les chaînes d’approvisionnement mondiales. La fermeture du détroit d’Ormuz crée une congestion majeure dans les ports proches du golfe Persique, notamment Khor Fakkan (Émirats arabes unis), totalement saturé depuis plus de dix jours et affichant des retards moyens de plus de 13 jours.

Les navires doivent être déroutés vers d’autres ports, mais ces infrastructures alternatives ne sont pas dimensionnées pour absorber un afflux soudain de volumes. Cela provoque un engorgement généralisé, touchant non seulement les ports du Golfe mais aussi les principaux hubs asiatiques comme Singapour, Tanjung Pelepas (Malaisie) ou Colombo (Inde).

La situation se dégrade également en Inde, où des ports comme Mundra ou Nhava Sheva voient jusqu’à 30% des navires attendre plus d’une semaine.

La congestion se propage en cascade à l’ensemble de la région.

Enfin, les espoirs d’un retour à la normale du trafic conteneurisé via la mer Rouge et le canal de Suez en 2026 s’amenuisent. Une reprise probable des attaques houthies pourrait pousser les transporteurs à abandonner de nouveau la route de Suez pour privilégier la sécurité des navires et des équipages via le cap de bonne espérance (+15 jours).

Les entreprises, notamment les PME, seront également affectées par la hausse du prix du diesel.

Export : certains ports sont fermés et ne reçoivent plus les cargaisons. Le secteur du luxe (yc parfums, cosmétiques) va être affecté par la fermeture des magasins au Moyen-Orient.

Une opportunité pour les Etats-Unis (et la Russie…), seules régions qui seront épargnées par les hausses de coûts

Contrairement à la guerre en Ukraine, ce conflit n’affecte pas seulement l’Europe mais toutes les régions importatrices d’énergie fossile, en particulier Japon, Chine, Corée... Pékin avait accéléré ses achats de précaution fin 2025 et a réorienté ses achats iraniens vers la Russie. Ses réserves stratégiques sont estimées à 90 jours d’importation. Toutefois, les raffineries/vapocraqueurs chinois utilisant le pétrole iranien ne pourront changer d’intrant à court-terme. La compétitivité relative de l’Europe vs Asie est difficile à apprécier à date.

A contrario, les US devraient sortir gagnants de ce conflit. Leur pétrochimie, nettement plus fondée sur l’utilisation d’éthane, n’est pas affectée par la hausse des prix des produits pétroliers et pourrait au contraire profiter des hausses de prix des polymères. Les importations de polymères des US vers l’Europe (déjà + 29% depuis 2019) devraient s’accélérer.

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